Ces jeunes au parcours cabossé qui rebondissent

Politique socialeL’aiguillage des jeunes en décrochage vers une formation professionnelle fête ses 10 ans. Un succès et un défi permanent.

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Un jeune sans formation n’est pas condamné toute sa vie à l’aide sociale et à l’indigence. Vaud en fait la démonstration depuis 2006. Dix ans, c’est le bel âge atteint par le FORJAD, acronyme désignant le programme cantonal de formation des jeunes adultes. Cette politique sociale volontariste et innovante a le soutien décidé et constant du Conseil d’Etat et du Grand Conseil. Et ça paie! (24 heures)

Créé: 17.11.2016, 06h39

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Trois mille jeunes pour la plupart entre 18 et 25 ans ont passé par le FORJAD après un parcours de vie cabossé, fait de ruptures et d’échecs. Après l’école obligatoire, ceux qui échouent à se former et sont indigents basculent à l’aide sociale. Le FORJAD les aide à en sortir et à retrouver un horizon. Ils reçoivent un soutien professionnel à la recherche d’une place d’apprentissage. Puis, durant leur formation, ils bénéficient d’un coaching adapté pour prévenir la cassure. Le taux de succès est de 65%, stable. Ils sont désormais plus de 1000 diplômés bien insérés sur le marché de l’emploi.

Un anniversaire aux Docks

Cette réussite vaut bien une fête. Quelque 800 bénéficiaires du FORJAD seront présents à l’anniversaire organisé ce soir aux Docks, à Lausanne. Un film et une exposition de photos saluent la fin d’un premier cycle. «Il faut dire bravo et merci aux jeunes et aux employeurs qui ont pris des risques pour les accueillir et les former», souligne Antonello Spagnolo, cadre au Département de la santé et de l’action sociale.

C’est lui l’homme du terrain qui a pensé le dispositif et veille à sa bonne application. «Une clé du succès, confie-t-il, c’est d’être allé à la rencontre de ces jeunes sans préjugé.» Le cliché du jeune à l’aide sociale qui serait un paresseux perdu à jamais pour la société est «tenace», regrette-t-il. Pourtant, raconte Antonello Spagnolo, dans les trajectoires de ces 18-25 ans, «les blessures intimes et la violence enfouie qui paralysent et marginalisent sont une constante». Leurs biographies bien réelles, avec leurs zones d’ombre, ont vite fait de désamorcer le discours simpliste sur la responsabilité individuelle. «Nous avons pris au sérieux leurs doutes mais aussi leurs aspirations somme toute très classiques: ils veulent mener une vie normale. Notre rôle est de créer les bonnes conditions pour qu’ils rebondissent.»

Les atouts vus par un patron

Frédéric Joux, patron de l’entreprise de construction métallique Joux SA au Mont-sur-Lausanne, n’a pas hésité à prendre des apprentis du FORJAD: «Peu importent les épreuves qu’ils ont traversées, seule compte leur motivation, et ceux que j’ai accueillis ont faim de réussir.» Il voit deux avantages à former un jeune inscrit au FORJAD: «Leur maturité d’adulte est supérieure à celle d’un apprenti tout droit sorti de l’école obligatoire. Le principe de leur donner un coach durant tout le parcours est un atout énorme. Quand des difficultés surviennent, ils sont armés pour tenir bon et ne pas lâcher.»

Cette mesure de coaching fait la fierté d’Antonello Spagnolo. Unique en Suisse, elle est financée par l’aide sociale durant tout le parcours du FORJAD – en moyenne trois ans. Dès que le jeune trouve un apprentissage, il quitte le régime d’assistance et devient un boursier, à l’instar d’un étudiant. Ce statut affranchit le bénéficiaire des lourdes procédures de délivrance et de contrôle de l’aide sociale. Sa marche vers l’autonomie en est facilitée.

«Au début, l’accueil était froid, se souvient le spécialiste du dispositif. On nous promettait de dépenser beaucoup d’argent pour atteindre peu de résultats.» Dix ans plus tard, le consensus politique est spectaculaire. A droite et à gauche, on est convaincu par les résultats. Le coût annuel par jeune dans le programme FORJAD (38 000 francs par an sur trois ans) est un investissement supérieur au coût d’entretien durant cette période selon les normes de l’aide sociale (25 000 francs par an). Mais une fois formé et inséré sur le marché du travail, le jeune, muni d’un CFC, n’émarge plus à l’aide sociale. «C’est une politique sociale rentable. C’était une condition pour obtenir les soutiens politiques», souligne Antonello Spagnolo.

La fête aux Docks sera l’occasion d’interpeller le monde patronal au moment où le FORJAD ambitionne de monter en puissance. L’objectif est de doubler le nombre des jeunes en rupture remis sur le chemin de la formation professionnelle. L’arrivée régulière de nouveaux jeunes adultes migrants en provenance de zones instables ou violentes élargit le cercle des jeunes visés. Il en va de leur intégration.

En juin dernier, le Grand Conseil a voté sans hésitation plusieurs mesures destinées à renforcer le FORJAD dès janvier 2017. La priorité, c’est accélérer l’aiguillage des jeunes en décrochage vers le dispositif de formation professionnelle. Celui qui refuse sera à l’avenir sanctionné: son indemnité de survie délivrée par l’aide sociale fondra de 30%. Au nom de l’obligation d’entretien, un effort accru sera demandé aux parents des bénéficiaires du FORJAD. Ils participeront, selon leurs moyens, au pécule garanti au jeune en formation. Pour assurer la continuité du parcours, l’Etat se substituera aux parents récalcitrants; mais il les attaquera en justice dans un deuxième temps, une question d’équité.

«Notre prochain défi, c’est de trouver davantage de places de formation, souligne Antonello Spagnolo. Notre crédibilité se mesure à notre capacité de créer les opportunités qui leur permettront de rebondir.» Il veut croire que le patronat s’engagera encore un peu plus à l’avenir.

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