Le grand marchandage du congé paternité débute

Sous la CoupoleFace à une initiative qui cartonne dans les sondages, les partis avancent leur propre contre-projet. Première passe d’armes.

Les pères devraient bientôt avoir un congé paternité, reste à savoir ses modalités et sa durée.

Les pères devraient bientôt avoir un congé paternité, reste à savoir ses modalités et sa durée. Image: Keystone

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Le congé paternité verra le jour. Reste à savoir quand et comment. Trois projets sont sur la table. En confirmant vendredi qu’il s’opposait à l’initiative qui exige quatre semaines pour les pères, le Conseil fédéral a accéléré les choses.

Mardi, le PDC et le PLR réagissaient en lançant leur propre contre-projet. Le premier propose de couper la poire en deux avec deux semaines, à l’image du projet de Martin Candinas (PDC/GR) qui avait échoué de peu en 2016. «Les détails seront dévoilés la semaine prochaine lors d’une conférence de presse», confie Michaël Girod, porte-parole du parti.

Le PLR lui, mise sur un congé parental de 16 semaines à partager entre le père et la mère. «Le financement des deux semaines supplémentaires se ferait par les Allocations pour perte de gain en cas de service et de maternité (APG)», explique Karine Barras, porte-parole du PLR.

Reste que les partisans de l’initiative ne veulent pas de ces compromis à la raclette. Échange de vues entre Cédric Wermuth (PS/AG) et Philippe Nantermod (PLR/VS).


«Quatre semaines, c’est déjà un minimum»

Cédric Wermuth PS/AG

Pourriez-vous soutenir un contre-projet?
On verra ce qu’il reste de ces propositions à la fin des débats parlementaires, mais pour le moment, c’est exclu. Quatre semaines de congé paternité, c’est déjà le minimum que la Suisse peut offrir aux parents. Tout le reste serait un affront, notamment aux femmes qui se retrouvent seules à devoir gérer l’arrivée d’un enfant.

Y a-t-il tout à jeter dans ces propositions?
Il y a un point positif, c’est que les partis bourgeois se sont enfin rendu compte qu’il fallait faire quelque chose pour les pères. On revient de loin. Il y a deux ans, ce même parlement refusait une proposition de Martin Candinas (PDC/GR) qui demandait deux semaines de congé paternité, notamment parce que le PDC n’était pas unanime. On voit désormais qu’il y a une plus grande ouverture dans ce parti, mais aussi au sein du PLR.

Est-ce grâce à l’initiative?
C’est évident. La pression populaire est extrêmement forte, et elle fait bouger les fronts. Les gens ne comprennent plus pourquoi la Suisse est – sans doute avec le Vatican – un des derniers pays à ne pas avoir de congé paternité. C’est aussi pour cela que je ne suis pas en faveur d’un contre-projet. Cette initiative a de réelles chances de passer en votation populaire.

Ne faites-vous pas la fine bouche en refusant un compromis?
Pas du tout. Regardez les pays scandinaves ou l’Allemagne. On parle là-bas de congé paternité de plusieurs mois. C’est ça qui devrait être notre vrai modèle, celui d’une société moderne. Quatre semaines, c’est la base minimale sur laquelle on peut débattre. C’est d’ailleurs peut-être le défaut de l’initiative, elle aurait dû demander plus.

En proposant un congé parental à se partager entre le père et la mère, le modèle du PLR n’est-il pas moderne, et plus égalitaire?
C’est un leurre. Un partage équitable du congé entre le père et la mère reviendrait à faire voler en éclats le congé maternité minimum de 14 semaines, qui est un acquis obtenu difficilement en 2005. La prétendue égalité du PLR se fait en réalité sur le dos des femmes. Pour moi, le PLR franchit une ligne rouge.

Êtes-vous contre l’idée du congé parental?
Je serais d’accord de soutenir un tel modèle s’il ne prétérite pas la situation actuelle, et qu’il donne autant de temps à la mère et au père. C’est le seul moyen d’arriver à un partage équitable des tâches familiales entre les hommes et les femmes.


«Un congé parental serait plus égalitaire»

Philippe Nantermod PLR/VS

Le congé parental, c’est l’œuf de Colomb du PLR?
Nous proposons un bon compromis. Il existe une forte volonté populaire pour que les pères aient plus de temps lors d’une naissance. Mais on sait aussi qu’on ne peut pas étendre indéfiniment l’État social. Un congé parental répond aux attentes des gens sans griller toutes les cartouches de l’État.

Les femmes sont-elles sacrifiées dans votre projet?
Pas du tout. Seize semaines sont à répartir entre les parents. S’ils se mettent d’accord tant mieux. Sinon, on reste à 14 semaines pour les mères et on offre deux semaines aux pères. L’avantage de ce système est qu’il permet une certaine souplesse. Avec l’initiative ou la proposition du PDC, la mère devra toujours s’occuper le plus des enfants. En étant plus flexible, notre congé parental est plus égalitaire.

Il a fallu du temps au PLR pour se rendre compte qu’il fallait un congé pour les pères.
C’est vrai. Quand nous avons voté ce projet au sein du groupe, je me suis dit que c’était historique. La pression de l’initiative a joué un rôle, c’est indéniable. Mais on sent aussi qu’il y a un besoin grandissant d’égalité dans la population entre homme et femme.

En Allemagne ou en Scandinavie, le congé parental est de plusieurs mois. Votre projet n’est pas un peu «râpe»?
Si le but est d’avoir l’État le plus large et le plus généreux possible, alors oui, on peut voir ce projet comme quelque chose de râpe. Mais si on regarde comment les choses se font ici, alors c’est une bonne solution. En Suisse, les travailleurs ont peu de semaines de vacances légales. Les prestations sociales sont ciblées et n’ont pas pour vocation de combler toutes les lacunes. Notre congé parental s’inscrit dans cette logique.

L’initiative est plébiscitée par le peuple. Pourquoi ses partisans devraient soutenir un projet qui va moins loin?
Parfois, les campagnes gagnées d’avance se terminent mal. Le congé paternité a le vent en poupe, c’est vrai. Mais une campagne de votation peut envenimer les choses.

C’est-à-dire?
Entre les PME qui souffrent du franc fort, les gens qui ne comprennent pas qu’on investisse dans un congé paternité, alors qu’on exige des économies ailleurs, et toute cette ancienne génération qui ne voit pas l’intérêt d’un tel congé, l’opposition peut être multiple. Il faut être conscient que si cette initiative se plante, ce sera difficile de revenir avec un nouveau projet, ne serait-ce que d’une semaine. (24 heures)

Créé: 06.06.2018, 22h49

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