Les 38 semaines de congé parental vont secouer Berne

Politique familialeUn rapport préconise un congé parental de 9 mois et demi. À Berne, on suppose que ça alimentera le débat.

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Présentation des signatures. Image: Keystone

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L’étude publiée ce lundi vivifiera les discussions à la commission du Conseil des États, à propos de l’initiative qui réclame quatre semaines de congé paternité. Se basant sur de récentes recherches, la COFF (Commission fédérale de coordination pour les questions familiales) propose dans son étude 38 semaines de congé parental, soit plus de 9 mois. Avec ce modèle de congé parental très généreux, la COFF vient mettre du sel dans le débat, alors que les partis y vont tous de leurs propositions (lire l’encadré).

Le conseiller national Jacques-André Maire (PS/NE), également vice-président de Travail.Suisse à l’origine de l’initiative populaire, n’est pas étonné par le timing. «Que ce rapport sorte maintenant n’est pas un hasard. Cela apportera un peu d’eau au moulin des débats.» Pour Lisa Mazzone (Verts/GE), ce travail de recherche va secouer le landerneau politique. La Genevoise en a marre que la Suisse fasse des pas de fourmis dans ce dossier. «Ce rapport scientifique secoue les certitudes et je me réjouis qu’on nous fasse une vraie proposition car le congé parental est une revendication chez les jeunes couples. Pourquoi est-ce que c’est possible dans plein de pays et pas dans notre riche Suisse? Il s’agit d’une question de volonté sociétale et pas de coûts», clame la vice-présidente des Verts suisses.

Un rapport scientifique

Dans le détail, l’étude de la COFF préconise 14 semaines pour la mère et 8 semaines réservées au père. Les 16 semaines restantes seraient à se partager entre les conjoints, sans obligation de les prendre. Ces congés seraient rémunérés à hauteur de 80% du salaire, et pourraient être pris dans les trois ans qui suivent la naissance de l’enfant. Si la proposition peut paraître surréaliste, la professeure Elisabeth Zemp, qui a dirigé les travaux de recherche, s’en est défendue avec vigueur dans «Le Matin Dimanche». «Actuellement, la moitié des pays de l’OCDE proposent un congé maternité ou un congé parental d’au moins 43 semaines.» Et elle ajoute qu’aucun des pays qui les a introduits n’y a renoncé.

Les parlementaires ne manquent pas de qualificatifs à l’évocation de ce rapport qui préconise un congé parental de 38 semaines. «Un doux rêve», «impensable», «fantaisiste». Pour Philippe Nantermod (PLR/VS), cette proposition n’a absolument rien de raisonnable. Le conseiller national tape dans la provoc: «Dans l’absolu, si on n’avait plus besoin de travailler, ce serait génial, non? Entre l’idéal et le réaliste, il y a un grand écart. Cette proposition est trop gourmande. Je rappelle que chaque semaine de congé parental, au bout du compte, c’est la collectivité qui la paie. Ce n’est pas une question de vouloir mais de pouvoir», résume le politicien.

Plus d’emploi pour les femmes

La chercheuse Elisabeth Zemp évoque les solutions économiques dans «Le Matin Dimanche». «Notre modèle représente une facture de 1 à 1,5 milliard par an. Or, une augmentation de 1% du taux d’emploi des femmes permettrait, avec les recettes fiscales engendrées, de couvrir entièrement les coûts d’un congé parental de 18 à 20 semaines. Avec une hausse de 2%, nous ferions même des bénéfices.»

Un problème insoluble

Pour Jean-François Rime (UDC/FR), conseiller national et patron d’une PME, ces arguments sont farfelus. «Cette proposition est fantaisiste et exagérée et c’est ça qui me fait le plus peur. Vous imaginez plusieurs personnes en moins durant plusieurs semaines dans une PME? Le problème est insoluble. Heureusement que le parlement a une majorité bourgeoise qui va régler ça rapidement.»

Est-ce du tout cuit? Jacques-André Maire est résigné. «Dans la composition actuelle du parlement, ce sera perçu comme un doux rêve.» Rebecca Ruiz (PS/VD) est aussi réaliste. «La priorité, c’est un congé propre au père. Pour le congé parental, il y a encore un gros travail de militantisme à faire, donc ce projet est difficilement réalisable dans l’immédiat.» Lisa Mazzone voudrait aller plus vite: «En la matière, nous sommes des arriérés. Nous n’avons plus le temps d’attendre. Il faut parvenir à l’égalité au sein des foyers. Si cette égalité n’existe pas à la maison, elle n’existera pas dans le monde économique.» (24 heures)

Créé: 19.08.2018, 20h09

Congé paternité

Une initiative et des contre-projets

Les propositions s’enchaînent au parlement tant le congé paternité ne laisse personne indifférent.

Tout le monde a un avis et le fait savoir, propositions et compromis à l’appui. En tête de liste, il y a donc l’initiative populaire pour un congé paternité, lancée par des syndicats et des associations dont Travail.Suisse, Pro Familia Suisse, Alliance F et la faîtière d’hommes et de pères männer.ch. Le texte, qui a recueilli 107 000 signatures valables, réclame 20 jours de congé paternité payés. Il est soutenu par le Parti socialiste. Avant l’été, le Conseil fédéral a fait savoir qu’il s’y opposait. Le PDC soutient l’initiative mais estime qu’elle va trop loin et préconise, dans un contre-projet, deux semaines ou lieu de quatre. Le PLR y est également favorable et se dit même prêt à introduire un congé parental de 16 semaines à la place des 14 semaines de congé maternité actuelles. Huit seraient attribuées directement à la maman. Et les conjoints se répartiraient les huit autres d’un commun accord. En cas de désaccord, 14 semaines iraient à la mère, deux au père. Les Verts ont attisé le débat avec une proposition choc: un congé parental de 8 mois. Ce contre-projet vise 28 semaines – 14 pour la mère, 8 pour le père et le reste à se partager sur une année. Dans «Le Matin Dimanche» du 10 juin dernier, Aline Trede (Verts/BE), à l’origine de la proposition, comparait la Suisse à la Scandinavie: «C’est une idée moderne et égalitaire. Comparé à la Suède qui offre un congé parental de 18 mois, ça reste très modéré.» Et d’ajouter qu’un tel congé parental éviterait aux mères de sacrifier leur carrière. «Les deux parents pourraient revenir sur le marché du travail à 80%. L’économie a tout à y gagner.» Reste que selon les observateurs, ce contre-projet n’a aucune chance à Berne.

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